Hautes-Alpes : le Médicobus, “une solution transitoire” au problème des déserts médicaux

Hautes-Alpes : le Médicobus, “une solution transitoire” au problème des déserts médicaux

Depuis plus d’un an, un cabinet médical pas comme les autres sillonne les routes des Alpes du Sud. Le Médicobus, dispositif itinérant, va à la rencontre de patients parfois éloignés du système de soins, en s’installant directement au cœur des villages.

Aménagé comme un cabinet de médecine générale, ce bus permet d’assurer des consultations de proximité dans des territoires ruraux. Porté par la Fondation Edith-Seltzer, le projet vise à réduire les inégalités d’accès aux soins dans des zones pourtant considérées comme bien dotées en professionnels de santé, mais où les disparités restent marquées.

À l’origine de son déploiement dans les Hautes-Alpes, le docteur Emmanuel Pierantoni s’appuie sur un constat clair : “Tout un tas d’endroits ont été identifiés via une cartographie des autorités de santé, dont les Hautes-Alpes”. Un paradoxe persiste dans ce département : “On est pourtant le troisième le plus médicalisé de France”, souligne-t-il à notre rédaction, avant de nuancer : “il y a cependant, au nord et au sud du département, des secteurs de déserts médicaux”.

C’est donc un problème de répartition et non de nombre d’effectif global qui crée ces déserts médicaux.

Le Médicobus cible en priorité les patients les plus fragiles : “La cible initiale, ce sont les patients en affection de longue durée. Pour ces personnes-là, comme pour d’autres usagers, le déplacement est potentiellement limité”, explique le médecin. À cela s’ajoutent d’autres profils : “des gens qui ne sont pas véhiculés, ou dont le médecin traitant est saturé”. Une réponse concrète pour des patients parfois contraints de renoncer aux soins et de sortir du système de santé.

Dans son fonctionnement, le dispositif se veut avant tout complémentaire de l’offre existante. “C’est la déclinaison de la consultation à domicile”, résume Emmanuel Pierantoni. Avec une capacité de “10 à 15 consultations par jour”, le Médicobus n’a pas vocation à concurrencer les cabinets locaux : “on n’est pas dans un secteur concurrentiel mais complémentaire”.

Reste que cette solution n’a pas été pensée comme définitive. “Le Médicobus est un dispositif transitoire, insiste le médecin. C’était un vœu du gouvernement qui s’est dit qu’en trois ans on pouvait régler le problème des déserts médicaux. Je crains que ce soit un peu plus long que prévu”. Actuellement financé pour une durée de trois ans, le projet pourrait néanmoins s’inscrire dans la durée : “des discussions se tiennent pour pérenniser ce système”.

Ses limites sont pourtant bien identifiées. “Le Médicobus n’a pas la prétention d’assurer une couverture exhaustive dans 100 % des territoires”, reconnaît-il. Le dispositif reste lourd à mettre en place, et dépend surtout des ressources humaines disponibles : “s’il n’y a pas de médecins dans un secteur, il n’y en a pas forcément de disponibles aux alentours pour monter dans le Médicobus”.

Autre contrainte, son coût et son organisation. “C’est un dispositif coûteux, et le médecin ne peut pas conduire et consulter en même temps, souligne Emmanuel Pierantoni. Le dispositif ne fonctionne qu’à 50 %”.

En attendant une amélioration durable de la démographie médicale, le Médicobus s’impose comme une réponse pragmatique. “C’est le chaînon manquant en attendant que les effectifs médicaux répondent aux besoins de la population”, conclut le docteur Pierantoni.