Briançon est la plus haute ville de France : sa cité haute, juchée sur un éperon rocheux, culmine autour de 1 326 mètres. Ce n'est pas une curiosité géographique, c'est la raison même de son importance militaire.
La ville commande l'accès à plusieurs cols vers le Piémont. Après le traité d'Utrecht de 1713, qui redessine la frontière entre la France et la Savoie, elle se retrouve en première ligne. C'est Vauban, ingénieur militaire de Louis XIV, qui conçoit le dispositif destiné à la tenir.
Le principe est simple et redoutable. Plutôt qu'une forteresse unique, Vauban imagine un système. Une enceinte urbaine, d'abord. Puis, tout autour, sur les hauteurs qui la dominent, une couronne de forts : les Salettes, les Trois-Têtes, le Dauphin, le Randouillet. Prendre la ville supposait de prendre d'abord chacune des hauteurs, c'est-à-dire de mener quatre sièges au lieu d'un, en altitude, sous le feu croisé des autres positions.
Deux ouvrages de liaison complètent l'ensemble et frappent encore les visiteurs. La communication Y, chemin couvert permettant de circuler à l'abri des tirs entre les positions. Et surtout le pont d'Asfeld, érigé en 1731 : une arche de pierre unique jetée à cinquante-cinq mètres au-dessus des gorges de la Durance pour relier la ville au fort des Trois-Têtes.
La cité haute, elle, n'a rien d'un décor vide : elle est toujours habitée. Sa rue principale, la Grande Gargouille, dévale la pente en pente raide, fendue en son milieu par un canal à ciel ouvert qui évacuait l'eau et servait aussi à la lutte contre l'incendie. Tout, dans ce tissu urbain, découle de la même contrainte : construire dense sur un éperon rocheux, à plus de mille trois cents mètres, dans un climat qui ne pardonne pas.
En juillet 2008, l'UNESCO inscrit au patrimoine mondial douze sites français regroupés sous l'intitulé "Fortifications de Vauban". Briançon en fait partie, et sa contribution au dossier est spécifique : le site illustre l'adaptation du modèle vaubanien à la haute montagne, contrainte que la plupart de ses autres réalisations, conçues en plaine ou sur les côtes, ne connaissaient pas.
Le saviez-vous ? Une bonne partie de ce que l'on visite à Briançon n'a pas été bâti du vivant de Vauban. L'ingénieur meurt en 1707 ; les chantiers se sont poursuivis selon ses principes jusque vers 1734. Ce qui est classé relève donc autant de l'école de Vauban que de sa main. Ce qui, pour un homme dont l'apport principal fut une méthode, est peut-être le plus juste des hommages.







