"La dynamique économique n’est pas bonne" : le patron des Entrepreneurs 05 alerte sur les difficultés des PME

"La dynamique économique n’est pas bonne" : le patron des Entrepreneurs 05 alerte sur les difficultés des PME

Élu président de la CPME des Hautes-Alpes en mai 2025, David Rosati pilote aujourd'hui la transition de l'organisation vers sa nouvelle identité nationale, "Les Entrepreneurs". Entre changement de nom, difficultés économiques locales et ambitions pour le territoire, il répond à nos questions.

Le 24 juin dernier, la CPME nationale est devenue "Les Entrepreneurs". Pourtant, deux mois après, le site du affiche toujours l'ancien nom. Quand ce changement interviendra-t-il officiellement ?

David Rosati : Le nom a déjà officiellement changé au niveau national. Au niveau départemental, les marques ont été déposées début septembre, et nous attendons désormais la nouvelle charte graphique pour refondre le site. Mais il ne s'agit pas d'un simple lifting visuel : de nouvelles fonctionnalités seront intégrées, notamment des briques d'intelligence artificielle. Le site sera mis à jour d'ici la fin du mois de septembre.

L'ancien sigle mentionnait les petites et moyennes entreprises, ce qui n'est plus le cas avec le nouveau nom. Qu'est-ce qu'un patron de 2 ou 3 salariés gagne à ne plus être identifié comme une petite entreprise, mais comme un entrepreneur ?

C'est un vrai débat, mais certains usages perdureront sur le long terme. Si la CPME devient Les Entrepreneurs, c'est que l'ambition nationale est d'intégrer aussi des ETI (entreprises de taille intermédiaire) et de devenir attractif pour ce type de structure. L'objectif est de diversifier l'offre, sans pour autant se retrouver en concurrence directe avec d'autres organisations syndicales comme le Medef, plutôt tourné vers les grandes entreprises. Cela dit, le cœur du réseau n'a pas changé : nos adhérents restent très majoritairement des PME et des TPE. Nous souhaitons simplement pouvoir accueillir, si possible, des comptes plus importants.

Dans les Hautes-Alpes, Les Entrepreneurs sont-ils en concurrence ou complémentaires avec le Medef et l'UPE ?

Nous travaillons en bonne intelligence et en synergie. La concurrence, quand elle est loyale et saine, est positive : elle stimule la créativité, pousse à être agile intellectuellement et numériquement, et incite chacun à performer sur le prix comme sur la qualité. Au final, c'est le client qui bénéficie de cette diversité de choix, chaque adhérent pouvant se tourner vers l'organisation qui lui correspond le mieux. D'ailleurs, certains de nos adhérents sont également membres du Medef ou de l'UPE, il n'y a aucune obligation de choisir un seul camp. Notre approche est simplement différente : étant une structure plus petite, nous avons une connaissance plus fine de nos adhérents, de leurs marchés et de leurs entreprises, ce qui nous permet d'apporter un conseil plus personnalisé.

Vous avez déclaré au Dauphiné Libéré qu'une entreprise accompagnée affiche un taux de survie de 82 % à 5 ans, contre 51 % sans accompagnement. Sur quelles études vous appuyez-vous ? Et comment expliquer, si l'accompagnement fonctionne si bien, les records de défaillances actuels : près de 19 000 au premier trimestre, 750 000 au deuxième au niveau national, plus de 75 000 emplois menacés, un record depuis 2009, et +8,8 % en région Provence-Alpes-Côte d'Azur ? Qu'en est-il dans les Hautes-Alpes : l'accompagnement fonctionne-t-il vraiment ?

Ces statistiques s'appuyaient sur les chiffres 2023-2024 de l'INSEE, et concernaient spécifiquement l'accompagnement à la création d'entreprise. Concrètement, une entreprise suivie sur ses cinq premières années par une structure de type incubateur affichait un taux de pérennité de 82 % à 5 ans. Le problème, c'est que la tendance s'est aujourd'hui inversée, en raison notamment du surcoût de l'énergie et de l'instabilité politique et géopolitique. Au niveau national, les défaillances se sont multipliées et localement, les centres-villes traversent également une période difficile. Les entreprises déjà installées subissent une forte pression sur leurs coûts et leurs frais de fonctionnement.

Nous travaillons sur trois axes pour tenter d'améliorer la situation. D'abord, les impôts de production : il faut convaincre les communautés d'agglomération, qui détiennent les compétences économiques, ce qui rend l'exercice complexe. Ensuite, l'inflation liée au coût de l'énergie : malgré nos alertes auprès des fédérations et de l'État, les prix restent très élevés. Enfin, il y a une vraie défiance vis-à-vis de la facturation électronique, récemment mise en place et aujourd'hui très mal perçue par les PME et TPE.

Il faut donc bien distinguer les statistiques d'accompagnement à la création d'entreprise de celles concernant la défaillance des entreprises déjà installées. Globalement, la dynamique économique n'est pas bonne, et les incertitudes liées aux prochaines élections n'aident pas à rassurer les entrepreneurs.

Vous avez également confié : "J'aimerais qu'on soit dynamisé, pas entravé." Avez-vous des mesures précises en tête ?

Effectivement. D'abord, baisser autant que possible l'assiette des impôts de production. Ensuite, élargir les aides destinées aux entrepreneurs fortement consommateurs d'énergie : dans le BTP par exemple, des aides existent, mais elles sont si contraignantes que très peu d'entreprises ont pu réellement en bénéficier. Il faut des dispositifs qui touchent concrètement le terrain. Enfin, il faut adapter les normes et les cadres réglementaires à la taille de l'entreprise, et cesser de calquer les exigences pensées pour les grandes multinationales sur les PME et TPE, pour qui elles sont beaucoup trop lourdes à supporter.

Vous visiez 200 adhérents d'ici 2027 et vous en êtes aujourd'hui à 92. Tenez-vous cet objectif ?

Pour l'instant, le taux de progression reste correct, et nous essayons de le maintenir, notamment en travaillant avec des fédérations, celle du BTP par exemple, pour mettre en place des systèmes de co-adhésion. J'ai accepté ce mandat en tant que président de transition, et je passerai la main une fois que la structure sera stabilisée et bien installée. Pour le moment, nous sommes encore en phase de « construction ». Notre objectif est de dépasser les 150 adhérents et de nous rapprocher progressivement des 200.

Vous évoquiez un enclavement intellectuel et économique des Hautes-Alpes, en plus de l'enclavement géographique. Que signifie cet enclavement, et qui en est responsable selon vous ?

Sur le plan intellectuel, il manque un développement suffisant du cadre universitaire, de l'offre de formation, mais aussi de structures d'excellence, contrairement à ce que l'on trouve dans des départements limitrophes comme l'Isère.

Il y a par ailleurs des oppositions légitimes autour des JO 2030. En tant qu'entrepreneur, je vois ce projet comme une opportunité exceptionnelle : le monde entier va pouvoir découvrir notre territoire, et nous pourrons enfin rivaliser avec les infrastructures de la Savoie. J'entends les oppositions, mais je pense que c'est une occasion unique de nous désenclaver, culturellement, intellectuellement et en matière d'infrastructures, puisque le monde entier va venir jusqu'à nous, et il faut être capable de bien l'accueillir. Il est essentiel que les entrepreneurs locaux en profitent réellement et que des retombées durables soient identifiables après l'événement. Les JO de Turin en 2006 ont par exemple généré des retombées extraordinaires pour la région italienne, avec un développement et une visibilité hors norme. Je souhaite la même chose pour nous, à condition que ce développement fédère toutes les forces vives autour d'un même projet. Un projet qui pourra bien sûr intégrer une dimension écologique respectueuse du territoire.

Sur le plan culturel, des progrès notables ont déjà été réalisés en matière d'événements et d'animations, mais nous pouvons encore mieux faire. Notre territoire touristique accueille des visiteurs venus de toute l'Europe, et même au-delà : nous devons continuer à leur offrir davantage d'événements culturels, artistiques et intellectuels, pour dynamiser encore un peu plus le territoire.