"Plus de 60 % des chefs d'entreprise ne souhaitent pas que leurs enfants le deviennent" : le cri d'alarme de l'UPE 05

"Plus de 60 % des chefs d'entreprise ne souhaitent pas que leurs enfants le deviennent" : le cri d'alarme de l'UPE 05

Elle réunissait jeudi matin à Gap cinq des quatorze branches professionnelles de l'Union pour l'entreprise des Hautes-Alpes pour un point de rentrée. Présidente de l'UPE 05 depuis mars 2024 et dirigeante d'un négoce de matériaux de construction employant 80 personnes, Lucile Bernard-Reymond dresse le portrait d'une économie départementale qui tient mais dont les fondations se fissurent.

Alpes 1 : Vous avez réuni jeudi matin plusieurs branches professionnelles pour un point de rentrée. Sur quoi repose ce panorama ?

Lucile Bernard-Reymond : C'est un rendez-vous de rentrée, un point pour faire un retour sur les entreprises et les secteurs haut-alpins. J'étais entourée de cinq de nos quatorze branches professionnelles à l'UPE 05 : Nicolas Chabrand, président du BTP 05, Thibault Arzailler, président de l'AGEA pour les assurances, Déborah Aubert, présidente de Mobilians 05, donc toutes les entreprises de la mobilité, Pierre-Louis Rouy, qui représentait les entreprises de propreté, et Romain Butera, du SDAT 05, pour les taxis. Des secteurs très différents, pour donner une photo de là où nous en sommes et de quelles sont nos principales préoccupations en cette rentrée.

Et cette photo, elle donne quoi ?

Si on regarde le premier semestre 2026, les entreprises des Hautes-Alpes ont déclaré un chiffre d'affaires global en progression de 4,5 % par rapport au premier semestre 2025. Dans un environnement national peu dynamique, l'économie haut-alpine tient et résiste bien. C'est le premier constat.

Mais nous, les entreprises, on sait bien qu'un chiffre d'affaires ne raconte jamais toute l'histoire. Derrière, il ne dit rien des marges, des problématiques de trésorerie, de l'augmentation des coûts, des postes qu'on n'arrive pas à pourvoir ou des investissements qu'on n'engage pas, faute de visibilité. C'est pour ça qu'on a voulu croiser les points de vue de tous les secteurs. C'est une des grandes forces de l'UPE 05, de rassembler toutes les branches et d'avoir à chaque fois un éclairage différent. Ce qu'on constate, c'est qu'on est tous interdépendants et que, malgré des spécificités de secteur, on partage à peu près les mêmes constats.

Au niveau national, les défaillances d'entreprises atteignent des niveaux qu'on n'avait plus vus depuis presque deux décennies. Les Hautes-Alpes tiennent aussi sur ce terrain ?

C'est une réalité qui existe aussi chez nous. Si dans les Hautes-Alpes on résiste un peu mieux qu'ailleurs, on est aussi sous tension, et les défaillances d'entreprises sont aussi une réalité. Nous voulons justement alerter sur leurs dangers : au-delà d'un chef d'entreprise, ce sont des emplois qui se perdent, ce sont des familles. Nous avons conscience de ce qu'une entreprise représente dans la société, et aujourd'hui nous voulons permettre aux chefs d'entreprise de regarder l'avenir avec plus de visibilité, pour se projeter.

Parmi les secteurs représentés jeudi, lesquels sont les plus exposés ?

Nicolas Chabrand, le président du BTP 05, faisait le même constat de données contrastées. Le BTP est plutôt dynamique dans les Hautes-Alpes, et c'est un secteur qui pèse lourd puisqu'il représente 16 à 17 % du PIB départemental. Mais là aussi le contraste est fort, et ce sont les plus petites entreprises, les artisans, qui sont vraiment sous tension.

Le département vit de sa saison. Après un été mitigé, dans quel état vos adhérents abordent-ils l'hiver ?

Le bilan de la saison est en léger recul, et c'est la première fois depuis de nombreuses années. Là encore c'est contrasté : l'hôtellerie s'est plutôt maintenue, avec une baisse plus marquée sur la consommation des touristes.
La saisonnalité est une grande spécificité des Hautes-Alpes, et c'est quelque chose que nous devons prendre en compte. Sur les plus de 9 000 intentions d'embauche recensées par France Travail pour 2026, deux sur trois sont des emplois saisonniers. C'est une réalité haut-alpine, et bien au-delà de la moyenne nationale. Les saisons touristiques ont donc un impact sur l'ensemble de l'économie, par interdépendance.

En prenant vos fonctions, vous annonciez vouloir porter une voix plus militante. En quoi consiste cet appel militant aujourd'hui ?

C'est de faire entendre des chefs d'entreprise de différents secteurs, de donner la parole aux présidents des branches, de prendre position sur des sujets, et de porter la voix des entreprises dans les débats politiques — où on a souvent l'impression d'assister à des échanges un peu hors-sol. Nous, on veut ramener la rationalité et ce qui se passe réellement dans l'économie, dans nos entreprises, au centre du débat, notamment pour les jeunes.

Un sujet qui vous tient à cœur ?

Jeudi matin, chacun est venu avec ses priorités de secteur. Mais s'il y a une chose vraiment commune et constante dans nos revendications, c'est l'appel à ce que les entreprises ne soient pas systématiquement la variable d'ajustement. On est arrivé au bout de ce que les entreprises peuvent supporter.

Il y a un chiffre qui me marque et qui me pose question : plus de 60 % des chefs d'entreprise ne souhaitent pas que leurs enfants deviennent entrepreneurs. Ça va au-delà d'un simple moral passager.

Et c'est pour ça qu'un des thèmes que nous mettons en avant cette année à l'UPE 05, c'est celui de la jeunesse. Le chômage des 15-24 ans atteint presque 22 %, plus d'un jeune actif sur cinq, quand il est de 8,3 % dans l'ensemble de la population. C'est une catastrophe. Aujourd'hui, la question n'est pas seulement de savoir comment nous allons recruter cette année. Elle est de savoir ce qui fera tourner nos entreprises dans cinq ans, dans dix ans. Qui les créera, qui les reprendra ? C'est une responsabilité que nous avons envers la jeunesse et envers l'avenir.