Napoléon n'a dormi qu'une nuit à Gap : et la route qui porte son nom date de 1932

Napoléon n'a dormi qu'une nuit à Gap : et la route qui porte son nom date de 1932

Le 5 mars 1815, l'Empereur arrive à Gap au retour de l'île d'Elbe et y est acclamé. L'itinéraire qu'il a emprunté ne prendra son nom touristique que cent dix-sept ans plus tard.

Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan avec environ onze cents hommes. Il a quitté l'île d'Elbe et remonte vers Paris. Pour éviter la vallée du Rhône, réputée royaliste, il choisit la montagne : un itinéraire difficile, par Grasse, Digne et Sisteron.

Le 5 mars au soir, il arrive à Gap. L'accueil y est enthousiaste, c'est l'un des moments où le pari du retour cesse d'être insensé. Il passe la nuit du 5 au 6 mars à l'auberge Marchand, rue de France, puis repart vers le nord.

Le choix de cet itinéraire est tout sauf sentimental. Napoléon sait que la vallée du Rhône lui serait fatale : villes garnisonnées, opinion hostile, terrain découvert. La montagne offre l'inverse : des routes secondaires, des garnisons dispersées, des populations qui n'ont pas reçu d'ordres. Le pari comporte pourtant un point de rupture : le défilé de Sisteron, un passage étroit qu'une poignée d'hommes aurait suffi à tenir. Personne ne s'y trouve. La colonne passe.

Deux jours plus tard, à Laffrey, en Isère, se joue la scène décisive. Face au bataillon envoyé pour l'arrêter, Napoléon avance seul et se découvre. Les soldats se rallient sans tirer. La route de Grenoble, puis de Paris, est ouverte. Les Cent-Jours ont commencé ; ils s'achèveront à Waterloo au mois de juin.

L'histoire aurait pu en rester là. Elle a connu une seconde vie, purement touristique, plus d'un siècle plus tard. En 1932, l'itinéraire suivi par l'Empereur est officiellement inauguré sous le nom de Route Napoléon : trois cent vingt-cinq kilomètres de Golfe-Juan à Grenoble, correspondant aujourd'hui à la route nationale 85.

Ce que cette date raconte mérite qu'on s'y arrête. La Route Napoléon est régulièrement présentée comme la première route touristique et historique de France. Ce n'est pas un vieux chemin qu'on aurait simplement balisé : c'est un produit conçu comme tel, à une époque où l'automobile de tourisme se démocratise et où les départements découvrent qu'un récit historique peut faire venir des visiteurs. Le marketing territorial avant l'heure, et il a parfaitement fonctionné.

Le saviez-vous ? Cent dix-sept ans séparent le passage de l'Empereur de la création de la route qui porte son nom. Et il y a une ironie dans cet écart. En 1815, cet itinéraire n'avait rien d'un axe majeur : c'était une route de montagne tortueuse, choisie précisément parce qu'elle était secondaire, peu fréquentée et donc mal surveillée.

Son succès touristique d'aujourd'hui tient exactement à ce qui en faisait, à l'époque, un mauvais chemin.