Levez les yeux sur les façades de Saint-Véran, de Villar-Saint-Pancrace ou de Val-des-Prés : vous verrez des cadrans solaires peints, encadrés de motifs en trompe-l'œil, souvent accompagnés d'une devise. Beaucoup sont l'œuvre d'un seul homme.
Giovanni Francesco Zarbula était un peintre cadranier piémontais du XIXe siècle. On sait peu de choses de sa vie ; on connaît en revanche son travail, qui s'étale entre 1830 et 1881 dans les Alpes françaises et italiennes. On lui attribue une centaine de cadrans, dont une trentaine dans le Briançonnais et une quarantaine dans le Queyras.
Techniquement, ce sont des cadrans verticaux déclinants, installés sur des murs qui ne font pas exactement face au sud, ce qui complique considérablement le tracé. Chaque façade impose un calcul différent. Et la précision force le respect : ses cadrans sont justes à environ cinq minutes près, et le style, la tige qui projette l'ombre, est posé au degré près.
L'ornement compte autant que la mesure. Zarbula peint à fresque, sur enduit frais, avec des encadrements géométriques en trompe-l'œil, des soleils, des lunes, des monogrammes, des oiseaux. Chaque cadran est un objet décoratif autant qu'un instrument, et son propriétaire y affichait un statut, comme on affiche aujourd'hui une façade refaite.
Restent les devises, qui donnent la parole au cadran. Le ton y est rarement aimable : ces inscriptions rappellent au passant la fuite du temps et la brièveté de la vie, avec une rudesse qu'on n'oserait plus peindre sur un mur. Un cadran solaire ne dit pas seulement l'heure, il dit ce qu'on est censé en faire.
Ces œuvres sont fragiles. Une fresque exposée depuis cent cinquante ans au gel, au soleil d'altitude et aux ravalements successifs ne survit pas seule : plusieurs cadrans de Zarbula ont disparu sous un crépi, d'autres ont été repeints sans discernement, d'autres encore ont fait l'objet de restaurations soignées. L'inventaire et l'attribution restent d'ailleurs un travail en cours, mené par des passionnés autant que par des institutions.
Le saviez-vous ? Les Hautes-Alpes comptent une telle densité de cadrans solaires qu'un itinéraire touristique leur est consacré, la route des cadrans solaires. La raison en est prosaïque : dans une vallée sans horloge publique ni électricité, le cadran peint sur la façade la mieux exposée était l'instrument de mesure du temps de tout le village. On y réglait les journées de travail, les offices et les rendez-vous.
L'art est venu après l'usage.







