Les demoiselles coiffées de Théus : une sculpture géologique commencée il y a 30 000 ans, et jamais terminée

Les demoiselles coiffées de Théus : une sculpture géologique commencée il y a 30 000 ans, et jamais terminée

Colonnes de terre coiffées d'un bloc de pierre, elles ressemblent aux cheminées de fées volcaniques du reste du monde. Elles ne le sont pas, et elles continuent de se former sous nos yeux.

On les appelle demoiselles coiffées, ou cheminées de fées. À Théus, dans les Hautes-Alpes, à proximité du lac de Serre-Ponçon, le ravin de Vallauria en concentre un ensemble remarquable, sur les pentes du mont Colombis.

Le mécanisme qui les produit est d'une élégance parfaite. La pente est constituée de moraine, un dépôt glaciaire meuble, mélange de terre, de sable et de cailloux. La pluie l'érode et l'emporte, saison après saison. Sauf là où un bloc de pierre dure, posé au sommet, fait office de parapluie : sous lui, la moraine est protégée. Le terrain descend tout autour, la colonne reste. Une demoiselle coiffée, c'est simplement ce qui n'a pas été emporté.

Contrairement à la plupart des sites de cheminées de fées dans le monde, celui de Théus n'a rien de volcanique. Les blocs qui coiffent les colonnes datent de l'ère tertiaire, la période de formation des Alpes. Mais le phénomène d'érosion qui les a dégagés n'a commencé, lui, qu'il y a environ trente mille ans.

C'est ce chiffre qui rend le site précieux. La géologie se raconte d'ordinaire en dizaines de millions d'années, une échelle que l'esprit humain ne saisit pas vraiment. Ici, la formation est à notre portée : elle est en cours. Les demoiselles s'affinent, certaines perdent leur chapeau et s'effondrent, d'autres émergent. Ce qu'on regarde n'est pas un état, c'est un processus pris en cours de route.

Cette instabilité est aussi ce qui rend le site vulnérable. Une demoiselle coiffée n'est qu'un tas de terre tenu par un caillou : elle ne supporte ni le piétinement à son pied, ni l'escalade, ni le prélèvement de son chapeau. Les sentiers balisés ne relèvent pas ici du confort du visiteur mais de la survie de l'objet regardé : un point que les photographes en quête du bon angle oublient régulièrement.

L'ensemble bénéficie d'une protection ancienne : soixante-cinq hectares inscrits depuis 1939. Le point le plus spectaculaire porte un nom qui dit bien l'impression qu'il produit : la salle de bal, un cirque naturel où les colonnes se dressent en nombre.

Le saviez-vous ? Théus n'est pas le seul site du département. Les demoiselles coiffées de Pontis, également aux abords de Serre-Ponçon, forment un autre ensemble notable. Ce voisinage n'a rien d'un hasard : c'est la même histoire glaciaire qui a déposé, dans toute cette vallée, les moraines dont l'érosion sculpte aujourd'hui ces colonnes. Le lac artificiel et les demoiselles ont, à trente mille ans d'écart, la même origine - l'eau qui décide de la forme d'une vallée.