Six mois après son arrivée à la tête de Montgenèvre, Muriel Jourdain mesure l’ampleur de la tâche. Sa liste avait remporté les municipales avec 187 voix contre 170 pour celle de Roger Rouaud, avant son élection comme maire par le nouveau conseil municipal le 20 mars.
Elle avait pourtant préparé son programme bien avant la campagne. Mais l’exercice du pouvoir communal l’a obligée à commencer par certains dossiers plus immédiats.
"Il y avait quand même un laisser-aller dans l’aménagement urbain. Alors, je n’accuse personne, je fais un constat", explique-t-elle. Elle cite une signalétique disparate, l’absence de certains cheminements piétons ou encore plusieurs bâtiments abandonnés. "J’ai quand même compté une quarantaine de styles de barrières le long du front de neige et dans le village."
"J’ai le droit maintenant d’agir et je vais y aller"
Sa courte victoire électorale ne lui a pas laissé le souvenir d’une soirée de triomphe.
"Mathématiquement, on a gagné", tranche-t-elle, après avoir longuement analysé les différences de vote entre Montgenèvre et le hameau des Alberts.
Mais avec seulement 17 voix d’écart, "je n’ai pas eu de joie, je n’ai pas eu de satisfaction", reconnaît la maire. "Par contre, je me suis dit : j’ai le droit maintenant d’agir et je vais y aller."
Une fois installée, les dossiers se sont rapidement accumulés : "les RH, l’urbanisme, le déploiement économique de la station, les relations avec nos voisins, y compris avec l’Italie". "C’est un monstre à plusieurs têtes et il faut essayer de tout faire avancer", résume-t-elle.
Une station déjà "bien réservée" pour l’hiver
La prochaine grande échéance sera naturellement la saison de ski.
Muriel Jourdain se montre optimiste au vu des premiers échos des hébergeurs. "Je crois qu’il n’y a plus beaucoup de place. […] Apparemment, la station est déjà bien réservée pour l’hiver."
Montgenèvre veut conserver sa tradition d’ouverture précoce, autour de la dernière semaine de novembre si l’enneigement le permet. La fermeture est, elle, prévue le 18 avril.
"Notre carte de visite, c’est un peu ça : ouvrir tôt", souligne la maire.
Elle confirme également sa volonté de conserver la régie communale des remontées mécaniques. "On tient beaucoup aux régies communales, nous à Montgenèvre, c’est un peu notre ADN."
Deux nouvelles remontées doivent notamment entrer en service, celle du Chalvet et celle des Trois Fourneaux. Leur ouverture est espérée pour Noël.
"C’est un quartier qui va changer", prédit Muriel Jourdain à propos du secteur du Chalvet. "Ça va être un peu un deuxième centre."
Avec l’Italie, "une garantie neige […] hors pair"
La maire entend également approfondir les liens avec les partenaires italiens de la Voie lactée.
Elle dit avoir déjà rencontré leurs représentants jusqu’à Sestrières et Turin avec le directeur de la régie. "Eux sont très désireux de travailler avec nous et nous très désireux de travailler avec eux."
Des évolutions des forfaits pourraient également être étudiées pour rendre l’offre transfrontalière plus lisible.
Muriel Jourdain mise par ailleurs sur les investissements attendus dans l’enneigement de culture, côté italien comme à Montgenèvre dans la perspective des Jeux olympiques de 2030. "On va avoir une garantie neige entre Montgenèvre jusqu’à Sestrières, dans les années qui arrivent, qui va être hors pair", affirme-t-elle.
Montgenèvre est officiellement retenue parmi les sites du pôle briançonnais d’Alpes 2030 et doit accueillir des épreuves de ski acrobatique, snowboard et ski-alpinisme.
JO 2030 : "Quel modèle économique proposent-ils ?"
La maire assume pleinement son soutien aux Jeux, tout en reconnaissant les critiques environnementales dont fait l’objet le modèle du ski.
Elle défend notamment le poids économique de la station à l’échelle du Briançonnais et interroge les opposants sur les alternatives possibles.
"Quel modèle économique proposent-ils pour faire vivre les 1 000 personnes qui viennent travailler à Montgenèvre l’hiver ?", demande-t-elle. "Je leur dis : on ferme, ça pollue trop, on ne fait plus de ski, on ne fait plus rien ?"
Muriel Jourdain estime qu’une transformation est nécessaire, mais qu’aucun modèle économique de substitution n’existe actuellement à l’échelle du territoire.
Elle assure parallèlement vouloir réduire l’impact des installations, notamment en utilisant du matériel de production de neige plus performant : "Produire dans le temps moins souvent de la neige, mais de meilleure qualité et en plus grande quantité sur un temps restreint : économie d’électricité, économie d’eau et économie de tout."
"Il y a déjà un gros héritage pour la station"
Muriel Jourdain veut aussi convaincre les habitants que les Jeux laisseront des équipements durables.
Elle cite la modernisation du réseau d’enneigement, l’amélioration de certaines pistes ou encore le renouvellement d’installations utilisées pendant les compétitions.
"Il y a déjà un gros héritage pour la station elle-même", estime-t-elle.
Elle évoque également les retombées attendues au-delà de Montgenèvre : routes, gares ou aménagements rénovés dans les Hautes-Alpes.
Sur le financement, elle se montre toutefois prudente : "L’aspect financier, moi, pour ma part, pour ma commune, je l’ai mis sur la sellette dès le mois d’avril. […] On est vigilants là-dessus et à l’euro près."
Le logement, l’autre chantier majeur
Reste une difficulté qui dépasse largement la seule préparation des Jeux : se loger à Montgenèvre.
"On est comme toutes les communes de France, on manque de logements", reconnaît Muriel Jourdain. Mais une station doit en plus absorber les besoins des saisonniers.
La maire affirme que la commune a perdu 10% de sa population en vingt ans faute de logements et veut relancer des projets destinés aux habitants permanents. Elle évoque notamment l’utilisation de "dents creuses" pour construire des appartements.
"On a le problème général du logement en France, on a le problème du logement des saisonniers, on a le problème des communaux aussi, des gens de la commune qui n’arrivent plus à se loger", résume-t-elle.
L’enjeu sera surtout de préserver la destination des futurs logements. "Il faut que chaque destination soit bien cadrée", prévient-elle, afin d’éviter que les nouvelles constructions destinées aux habitants ne basculent finalement vers l’hébergement touristique.
Entre préparation de l’hiver, transformations urbaines, logements et échéance olympique, Muriel Jourdain résume finalement ses premiers mois de mandat par une formule : "Ma récompense, c’est maintenant de pouvoir travailler et de pouvoir avancer sur les dossiers."







