La nuit, lorsque les remontées mécaniques s’arrêtent et que les skieurs ont quitté les pistes, les dameuses prennent le relais. Leur travail est indispensable pour préparer le domaine avant l’ouverture du lendemain. Jusqu’ici, ces imposants engins fonctionnaient principalement au diesel.
À Serre Chevalier, cette habitude est appelée à évoluer. Le domaine va intégrer une Leitwolf LTE-Motion, développée par Prinoth, parmi les premières machines électriques de cette catégorie destinées à une utilisation régulière sur un grand domaine skiable.
Un projet qui a nécessité plusieurs hivers
L’arrivée de cette machine est l’aboutissement d’un processus qui n’a pas été linéaire. Une première expérimentation menée avec un prototype durant l’hiver 2023-2024 n’avait pas donné les résultats espérés.
La Compagnie des Alpes, qui exploite notamment Serre Chevalier, a ensuite travaillé avec Prinoth pour faire évoluer la technologie. Les essais se sont poursuivis afin de répondre à une question essentielle : une dameuse électrique peut-elle fournir suffisamment d’énergie et de puissance pour assurer le travail demandé dans des conditions réelles de montagne ?
Les développements réalisés sur deux saisons ont notamment porté sur l’autonomie et les performances de la machine. Trois premiers exemplaires doivent être mis en exploitation dans des domaines de la Compagnie des Alpes, dont Serre Chevalier.
L’autonomie, le principal défi
Le damage impose de fortes contraintes aux machines. Une dameuse doit pouvoir travailler plusieurs heures consécutives, parfois sur des secteurs présentant un dénivelé important. La question de la batterie était donc centrale dans le développement du projet.
D’après les données communiquées par Le Dauphiné Libéré, la machine devrait pouvoir assurer entre quatre et cinq heures de travail dans une utilisation habituelle. Une recharge rapide pendant une interruption pourrait permettre de prolonger cette durée.
Ce premier hiver en conditions opérationnelles sera particulièrement observé. Il permettra de mesurer l’écart entre les performances annoncées et les besoins réels des équipes chargées de l’entretien du domaine.
Un nouvel élément dans la stratégie environnementale du domaine
Cette dameuse ne constitue pas à elle seule la transformation énergétique de Serre Chevalier. Elle s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années par le domaine.
En 2023, Serre Chevalier développait différentes solutions de production d’électricité sur son territoire, notamment à travers l’hydroélectricité, le photovoltaïque et l’éolien. Le domaine annonçait alors vouloir couvrir une partie de ses besoins grâce à sa propre production.
La station travaille également sur la réduction de ses consommations et de ses émissions. La question des équipements utilisés pour le damage vient donc s'ajouter à d'autres chantiers concernant les infrastructures et le fonctionnement quotidien du domaine.
Du bruit en moins pendant les nuits de damage
L’intérêt de l’électrification ne se limite pas à la question des émissions. Le fonctionnement d’un moteur électrique modifie également l’environnement sonore dans lequel travaillent les conducteurs.
Pour les équipes qui interviennent de nuit, mais aussi pour les personnes présentes à proximité du domaine, la réduction du bruit peut constituer un changement notable.
Il faudra néanmoins attendre les premières semaines d’utilisation pour déterminer concrètement les bénéfices de cette nouvelle machine dans les conditions spécifiques de Serre Chevalier.
Une première étape avant un changement d’échelle
Serre Chevalier ne sera pas le seul terrain d’expérimentation. Val d’Isère et La Plagne doivent également recevoir des machines électriques du même modèle.
Le constructeur souhaite s’appuyer sur ces premières utilisations pour continuer à améliorer sa technologie. Les retours des conducteurs seront notamment importants pour mesurer l’efficacité de la machine sur une saison complète.
La Compagnie des Alpes envisage déjà un développement beaucoup plus important de cette technologie. Selon Le Dauphiné Libéré, le groupe prévoit l’acquisition d’une centaine de dameuses électriques sur une période de dix ans.
Pour Serre Chevalier, l’enjeu de cet hiver sera donc très concret : vérifier sur le terrain si une dameuse électrique peut réellement prendre le relais d’une machine diesel sans bouleverser l’organisation du damage.







